IL ME SEMBLE--mais allez savoir, cela aura lieu dans si longtemps--que je hantais le cratère fumant d’un volcan hyperactif, sur Mars sans doute, à l’attente d’un éclaircissement, d’un refroidissement qui tardait à venir. Toujours est-il que je tournais en rond dans la fumée rouge et venimeuse, oisif et craintif, le pelage hérissé, la griffe alerte. Ou c’était plutôt un grand espace clos, un hangar allemand abandonné, et l’air lui-même rouillait dans le silence sclérotique de l’oubli. Non, c’était à Paris tout simplement. Au chat qui fume. Voilà. Et d’ailleurs je n’étais pas là.
Puis des losanges, des triangles, non, des pures diagonales de cuivre exécutaient un homme innocent, jouaient le concert interdit et banal, se chamaillant dans les aigus. Affinant la recherche et filtrant les résultats, des voix peuvent être identifiées. De l’autre côté de la fréquence, alors, combien de filles, quatre, parlent américainement de lui ?
L’une, qui se multiplie en secret, voudrait...
Appelle-le, attaque l’autre.
Lui écrire, cela vaut mieux, siffle la troisième.
La dernière, on ne l’avait pas vue. Vieille dame en noir, cliché vivant, c’est la mort qui te dit : « Oublie ».
Cela se brouille par la suite, se complique et se répète. L’espace manque parfois, le temps aussi. Deux très grands engins flottants essaient de sortir de l’usine allemande brusquement, maladroitement. L’un reste coincé dans le cratère du volcan.
Nous avons parfois une chance inouïe. Il est parfaitement possible pour quelqu’un de naître une deuxième fois. L’ombre réapparaît sous chaque soleil nouveau.
Elle –vous savez de qui je parle, sinon ce n’est pas grave- sauve in extremis l’étranger, en poussant sur son ventre. Tambours.
Le tourbillon de cendres devient tempête ; puis bourrasque ; brise ensuite, avant de se calmer. Les particules se posent lentement sur la mémoire, dessinant parfois des figures étranges.